L’artiste contemporain à l’épreuve de la France


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L’art contemporain face à la France

C’est un constat : l’art contemporain français jouit d’une faible assise sur la scène internationale.
Si chacun s’accorde à le valider, il ne soulève pas moins l’éternelle question : Pourquoi ? Et au-delà du pourquoi, comment ? Comment la France, qui a vu naître en ses terres de véritables révolutions artistiques — des impressionnistes à l’avant-gardisme, en passant par le séisme Marcel Duchamp —, se retrouve aujourd’hui à contempler le marché international de l’art tout en en étant quasi-absente, et à susciter maigrement l’intérêt du monde critique ? Que s’est-il passé ?
Mais encore, pourquoi la situation ne semble pas évoluer à l’heure actuelle, malgré ce constat ? Assisterions-nous, impuissants, au sombrement de la France dans les abysses de la masse plasticienne planétaire ? Ou serions-nous aveugles — par choix ou par mécanisme de défense, effet qui de toute évidence, n’apparaît pas toucher le seul domaine artistique… — quant à ce que le système français, face à ses pairs européens, a de plus rigide et complexé ?
Car si l’on veut une fois pour toutes parler de la situation avérée critique de l’art contemporain en France, on ne peut avant tout (plus) se permettre non seulement de faire l’économie d’un retour sur l’Histoire française, dans ce qu’elle a de plus ancien voire de passéiste et dans sa modernité, mais aussi d’affronter — au-delà de s’apercevoir de — ce qui, au lointain comme au plus près, aura participé d’un engourdissement des pouvoirs publics, torpeur qui aura eu raison d’une persistante et indécente frigidité de la société et de ses citoyens face à ses arts.

 

Le rôle de la formation artistique
dans la construction de l’identité de l’artiste

De l’apprentissage à l’embauche, il n’y a, a priori, qu’un saut, et même plutôt un léger dénivelé, qui nous fait entrer dans la vie professionnelle et subvenir alors à nos besoins.
Si cela est vrai — au-delà de la crise actuelle et d’une difficulté généralisée d’accès à l’emploi — pour l’ensemble des formations spécialisées, l’enseignement artistique évolue quant à lui en retrait de cette équation.
Car bien que fortement présente et bien répartie sur le territoire français, de l’université à l’école d’art, les débouchés en sont pour ainsi dire divers et variés et parfois même loin de l’objectif premier de la formation, voire complètement écartés. Si l’on entend régulièrement qu’un pourcentage inférieur à 10% des diplômés sortant des écoles d’art deviendront un jour des artistes reconnus, nous sommes en droit de nous demander: Qu’advient-il des autres? Mais aussi, ce qui pourrait paraître faire l’adage de ce mémoire : Pourquoi ? Si l’on compare ce taux de réussite dans le cadre stricto sensu de la formation vers l’accession à l’emploi pour lequel elle forme, avec ceux d’autres formations du même type “spécifié” — IUT, écoles d’ingénieurs, etc. —, l’écart est baillant et le constat affligeant. Peut-on alors encore parler d’apprentissage professionnel ou doit-on parler d’occupation ?
Si cette dernière question paraît brutale, elle s’inscrit néanmoins dans la poursuite de ce qui a été déroulé jusqu’ici, à savoir le maintien d’un flou artistique sur le domaine des arts plastiques, et l’aberration contenue quant à un tel état de fait. La formation plastique aura là aussi subit de nombreux changements, en vue des tiraillements historiques évoqués précédemment, et bien que se positionnant allègrement en marge de la formation en France, elle n’en reste pas moins publique et donc étroitement
influencée par les contextes et les volontés politiques au pouvoir.
Il s’agit alors ici de tenter de saisir de quelle manière l’école d’art et plus succinctement, l’enseignement artistique, participent eux aussi, comme par délégation, du renforcement d’une tension surplombant les arts plastiques au contact premier et direct de l’artiste en devenir, et de la construction ou de la déconstruction de l’identité de ce dernier.

 

L’artiste plasticien dans sa contemporanéité

Si tous les chemins mènent à Rome, le nôtre nous aura conduit, irrévocablement, à converger vers celui dont on parle beaucoup, dont on lit les paroles, dont on entend les postures : l’artiste.
Si espérer un changement semble « mal barré » (1), reprenant les termes de Hervé Trioreau, du côté d’un système français inerte, il reste l’artiste, certes désenchanté mais pas amoindri, et son effort pour se débattre dans un contexte peu enclin à revenir non pas sur le passé, mais sur la réalité de la profession, sur ses attentes et ses besoins, dans l’idée que l’on se fait d’un terme comme “contemporain”, au-delà de son entendement à travers une histoire de l’art.
Ainsi, il nous faut désormais affiner la question : Qu’est-ce qu’être artiste ?, dans sa dimension la plus éthérée, à la suivante : Qui est l’artiste d’aujourd’hui ?
Car si l’écart est grand, en termes de siècles, entre la première définition de l’artiste et celle qu’on lui donnerait aujourd’hui, l’amplitude dans sa représentation collective et imaginaire n’apparaît, quant à elle, pas si vaste et même plutôt ténue, et concourt, aux côtés de l’Histoire et de l’enseignement, au maintien d’un smog comme d’une aura autour de la population artistique.
A travers ce prisme, l’artiste courbe-t-il ? Ou déploie-t-il, au contraire, toute son énergie à dissiper l’épais brouillard pour révéler à ses compatriotes dans un premier temps, au monde artistique, ensuite, la réalité de sa profession, et sa véritable identité sous le masque de l’exception française ?
De la définition à la représentation donc, mais en passant aussi par la présentation de l’artiste lui-même et par lui-même, il s’agira ici, enfin, de lever l’ombre sur le sujet premier de nos interrogations, à savoir l’artiste contemporain en France.

(1) Entretien avec Hervé Trioreau, 15 février 2010, Lyon

 

Contient des entretiens réalisés auprès de :
Hervé Trioreau
Jérôme Cotinet
Lucie Lanzini
Hugo Pernet
Noémie Razurel

Mémoire / mai 2010
Master I Métiers des Arts et de la Culture
Faculté d’Anthropologie et de Sociologie de l’Université Lumière Lyon II
Directeurs de mémoire : William Saadé et Norbert Bandier